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 Poème du jour

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Constance
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MessageSujet: Poème du jour   Ven 30 Oct 2009, 11:04

Un poème coup de coeur qui vous aurait touchés, qui n'entre pas dans le cadre des fils déjà ouverts, ou après exploration dans la fonction "Rechercher", et que vous souhaitez faire partager ? ... c'est ici ... Smile




Il arrive parfois, seul, triste, un étranger.
Il s'arrête et l'on écoute ses récits doux,
Pleins d'herbes. Il demande: « Vous ai-je dérangés ? »
Il voudrait repartir, mais il ne sait plus où.

Dans ses oreilles bruit la mer - des coquillages?
Son front, ses yeux trop grands pour ce bas horizon,
Une raison encore de partir. Ses voyages
Sont là devant lui pleins d'océans, de monts.


On laisse ainsi tout doucement le soir descendre
Qui mélange les figures, les mains, les voix,
Devenues presque esprits...
L'âme pourra comprendre
Mieux- tel le toucher des aveugles - cette fois.



Ilarie Voronca
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 31 Oct 2009, 11:09




A la fin de ce long jour gris couleur de cendre
Tu marchais près de moi
dans ton long manteau de braise
Et peut-être devais-je,
pour te trouver et prolonger
plus longtemps la lueur
souffler doucement sur la ville
Plutôt souffler au creux de la lumière grise elle-même.
La nuit descendit lentement sur nous;
Je crois qu'elle ne venait pas du ciel
mais qu'elle sortait des maisons
comme une grande foule de personnages
silencieux et tendres
qui s'en allaient à la rencontre
de ceux que nous voyions
marcher sur les trottoirs,
avec cette apparence légère qu'ils prennent
à la tombée de la nuit.


Georges Limbour
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 31 Oct 2009, 11:16

ah georges Limbour !

je le connais pour ses nouvelles, originales, et en particulier pour l'une d'elles où il est question des yeux des aveugles, devenus des billes de verre pour l'amusement.

Rien d'horrible ou d'inconvenant mais une fantaisie agréable de celui qui fit un bout de chemin avec les surréalistes.
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 31 Oct 2009, 11:34

Banni du "Second manifeste surréaliste", Georges Limbour n'avait pour chapelles que la peinture et la sculpture, c'est d'ailleurs ce découvreur qui fut l'un des premiers à attirer l'attention sur les charniers de plâtre de Giacometti ... son seul bonheur consistait à poser dans les ateliers des peintres. Totalement insoucieux du verdict de la postérité, il n'eut de cesse de détruire ses textes, car il pensait qu'un écrivain "doit se faire de temps à autre, à l'occasion, une petite toilette mortuaire", ainsi nombre de ses écrits nous sont encore inconnus mais, qui sait, peut-être certains d'entre-eux seront-ils découverts un jour de hasard ... col
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 01 Nov 2009, 14:37




Une vie


Une vie à pas comptés
Une vie entière passée en murmures
En une infinité de légers soubresauts
En peu de paroles en moindres gestes
Au milieu de hordes criardes et déchaînées
Une vie repliée sur quelques visages aimés
Sur une paupière qui bat et se ferme à minuit
Comme une persienne de bois usée
Une vie lente aux roues brisées.


Roland Giguère
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 02 Nov 2009, 05:45

Benjamin Fondane.


Le monde se brise en morceaux, en une poussière d’êtres

parmi la lumière ancienne,

où es–tu donc qu’on te le montre

sordide étudiant, herboriste, alchimiste,

gros trafiquant de vide,

pendant que les planètes cousent leurs toiles d'araignées

aux commissures de ton œil ?

Le monde se brise en morceaux comme une boule magique

mais où sont-ils donc les poissons, les tessons

les géographies sensibles,

Les fleuves d’ un côté, les sciences bâtardes de l’ autre,

nous avons emporté avec nous tous les échantillons,

une mèche de chaque espèce,

l’amertume émouvante des grands regards humains,

un peu de poil de chaque chose,

un peu d’écume de chaque être.





Spoiler:
 


1934-1935
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 02 Nov 2009, 10:28




Rouvrir les anciennes fenêtres
ou bien
rentrer toujours avant l'aurore
ou bien
imiter tant qu'on peut le grincement des portes
ou bien
prier chaque soir devant le hublot
ou bien


piéger le nuage dans le carré de la lucarne
ou bien
revenir sur ses pas.


Alexandre Voisard


Toile de Wilhelm Hammershoi ""Sunbeams or Sunshine. Dust Motes Dancing in the Sunbeams"
(1900)
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 03 Nov 2009, 11:30




Les jours inutiles sont comme une couche
de crasse sur l’âme.
Il y a une asphyxie lente qui sourit,
qui oublie, qui se tait.
Qui m’impose ces épreuves
quand je ne dis rien ?
Il y a un imbécile comme moi qui se promène,
à bavarder avec les gens et les fantômes,
à se lancer dans la boue et à triturer
la merde de la gloire.
Groin de cochon qui récite des vers
dans les fêtes de famille, où les femmes savantes
parlent d’amour, de guerre,
résolvent le problème de l’espérance.


Jaime Sabines

(Les poèmes du piéton)
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 04 Nov 2009, 09:37




Dans un pays d'enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de coeur morts,
De battements d'essor tout un berceur vacarme,
De battements d'ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d'ailes noires sur l'eau de mort.
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l'amour brûlent encore
D'un doux feu de minéral roux, d'un triste charme;
Dans un pays d'enfance retrouvée en larmes.

Mais le jour pleut sur le vide de tout ...

Pourquoi m'as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m'avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d'été sur la lune des pierres;
Et pourquoi et comment, n'ayant jamais connu
mon visage, ni mon deuil, ni la misère
Des jours, m'as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?

Mais le jour pleut sur le vide de tout ...

Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil?
Sous quels feuillages de solitude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d'enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil ?

Mais le jour pleut sur le vide de tout ...

Oscar Vladislas de Lubicz Milosz.

(Toile "La pluie" de Vincent Van Gogh)
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 05 Nov 2009, 14:42




De l'autre côté


Attention, de l'autre côté
il n'y a rien. J'en reviens.

Ni désir, ni rêve ni même leur retour.
Et la terreur d'exister a joué son dernier tour.

J'en reviens. De l'autre côté
il n'y a plus de liens.

Il y a un visage.
Il n'a pas d'ombre ni de reflet.

Il y a un visage.
Je suis égaré dans sa lumière.

Je dois revenir
du côté des vivants.

Je traverse la frontière
et je cherche ton regard absent.

De l'autre côté sauvage
un feu m'a brûlé.

C'était la griffe acérée
de tes yeux sans partage.

De l'autre côté, il n'y a rien
ou peut-être une blessure?

Un regard oublié, qui revient
ou sa mélancolie sans mesure ?

Je me penche au bord du vide
et soudain ton absence a un poids.

C'est une trace inaperçue, ride
sur la face des eaux une voix

qui souffle soudain du passé
le vent muet de l'autre côté.


Alain Suied
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Ven 06 Nov 2009, 10:28




Écoutez !

Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires ?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient ?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats ?

Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas ? T'as plus peur ? Dis ? "

Écoutez !

Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile ?


Vladimir Maïakovski

(Extrait du recueil "Ecoutez si on allume les étoiles")

Toile "La nuit étoilée à Arles", de Vincent Van Gogh
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Ven 06 Nov 2009, 10:34

De qui est ce superbe tableau ? il est de la manière du premier kandinsky en russie, mais ce n'est pas de lui.

il va bien avec ce beau poème de Maiakovski.

Constance, tu nous es précieuse Wink
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Ven 06 Nov 2009, 10:37

Cette toile a été peinte par Van Gogh (je l'ai mentionné à la fin du poème) ... Wink
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 07 Nov 2009, 07:13

Marie Noel

À tous ceux qui très loin sont captifs
Dans le silence ; aux âmes enchaînées
Par la longueur des muettes années
En nul ne sait quels abîmes plaintifs ;
À ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle
Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle
De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ;

Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort,
Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ;
Ceux dont le cœur bat sans trouver de porte,
À tous ceux-là - je ne sais pas combien -
Je viens. Je suis petit oiseau, je viens.
Je viens, je suis moucheron, un rien frêle.
Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile
Pour alléger leur épaule et mon chant
Pour délivrer mon âme à travers champs.
Je viens. J’ai pris dans leurs fers, à leur place,
Leur cœur en moi pour m’envoler avec.

Je suis le pleur jailli de leurs yeux secs,
Je souffre en eux, je lutte, je suis lasse,
J’ai faim. Je tremble en des rêves tout bas,
J’ai peur... Je suis ce que je ne suis pas,
Ce que je suis peut-être - jeune fille
Que le printemps entête et qui vacille
Avec ce cœur lourd de divin ennui
Qu’on ne peut pas porter seule - je suis
Celle blessée entre toutes qui pleure.
Et je serai les pauvres tout à l’heure.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 07 Nov 2009, 10:47




N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit


N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.

Dylan Thomas

(Vision et prières, et autres poèmes)

Toile "L'ascension de l'empyrée", de Jerome Bosch
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 08 Nov 2009, 09:35




C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides.
Je suis déjà un peu parti, absent.
Faites comme si je n’étais pas là.
Ma voix ne porte plus très loin.
Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie.
Il faut se quitter déjà ?
Ne me secouez pas.
Je suis plein de larmes.

Henri Calet

(Peau d'ours)



Pour faire connaissance avec ce poète, qui écrivit en prose :

http://pagesperso-orange.fr/calounet/presentation_auteurs/calet_presentation.htm
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Genji
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 08 Nov 2009, 13:48

VII. Le Verdict

Et la parole de pierre tomba
Sur mon sein encore vivant.
Ce n'est rien. J'étais préparée.
De toute façon, je m'y ferai.

Aujourd'hui, j'ai beaucoup à faire;
Il faut que je tue ma mémoire jusqu'au bout,
Il faut que l'âme devienne comme de la pierre.
Revivre, il faut que je l'apprenne.

Sinon... Le chaud bruissement d'été
Est comme une fête derrière ma fenêtre.
Depuis longtemps je pressentais
Ce jour si clair et la maison déserte.

Anna Akhmatova, Requiem (traduit par Paul Valet)
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 08 Nov 2009, 13:54

Magnifique poème, Genji ... que j'apprécie au point de l'avoir déjà placé ... Wink mais, je suis heureuse de constater que nous nous rejoignons sur le choix de cette poètesse, hélas méconnue du grand public.
De plus, mieux vaut deux fois qu'une, lorsqu'il s'agit de faire partager de beaux textes ... I love you
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Genji
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 08 Nov 2009, 13:58

Suffit de l'effacer.......Modo go!
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 08 Nov 2009, 14:00

Genji a écrit:
Suffit de l'effacer.......Modo go!


Non, non, Genji ... au cas où certains membres ne l'auraient pas déjà lu, mieux vaut le laisser ...
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 09 Nov 2009, 10:02




Élégie du matin


Au début, j'avais promis de me taire
Mais plus tard, au matin,
Je vous ai vus sortir avec des sacs de cendre devant les portes
Et la répandre comme on sème le blé ;
N'y tenant plus, j'ai crié : Que faites-vous ? Que faites-vous ?
C'est pour vous que j'ai neigé toute la nuit sur la ville,
C'est pour vous que j'ai blanchi chaque chose toute la nuit - ô si
Vous pouviez comprendre comme il est difficile de neiger !
Hier soir, à peine étiez-vous couchés, que j'ai bondi dans l'espace
Il y faisait sombre et froid. Il me fallait
Voler jusqu'au point unique où
Le vide fait tournoyer les soleils et les éteint,
Tandis que je devais palpiter encore un instant dans ce coin,
Afin de revenir, neigeant parmi vous.
Le moindre flocon, je l'ai surveillé, pesé, éprouvé,
Pétri, fait briller du regard,
Et maintenant, je tombe de sommeil et de fatigue et j'ai la fièvre.
Je vous regarde répandre la poussière du feu mort
Sur mon blanc travail et, souriant, je vous annonce :
Des neiges bien plus grandes viendront après moi
Et il neigera sur vous tout le blanc du monde.
Essayez dès à présent de comprendre cette loi,
Des neiges gigantesques viendront après nous,
Et vous n'aurez pas assez de cendre.
Et même les tout petits enfants apprendront à neiger.
Et le blanc recouvrira vos piètres tentatives à le nier.
Et la terre entrera dans le tourbillon des étoiles
Comme un astre brûlant de neige.


Ana Blandiana
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 10 Nov 2009, 08:49




Un toast à notre santé


Nous sommes les derniers de notre caste
Il ne nous reste plus très longtemps à vivre
Nous sommes les petits marchands de bonheur
les artisans de mots cordiaux
Bientôt viendront nous relever
les foules au sang trop mou
les mécaniciens de la gloire du fer
et les industriels de l'amour
dont la vie est remplie de principes et de machines
Qui ne disposent que de 7 minutes pour caresser la fiancée
et de trois secondes pour la poésie
Avec des nerfs d'acier pareil à des rails
Ce n'est pas une insulte mais une flatterie
De midi à midi et demi ils iront manger
et prier
Ainsi donc, filles, femmes,
amourachez-vous des porteurs de miracles
Nous sommes les dernières lézardes
que le progrès n'a pas encore envahies
Aimez-nous tant qu'il reste du temps encore
Nous, les petits marchands de bonheur
les artisans de mots cordiaux.

Vadim Cherchinievich
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 11 Nov 2009, 10:16




Il fait beau aujourd'hui


Bien sûr que la vie est remplie de misères,
Je n'ai jamais dit le contraire.
Je sais que j'en ai eu ma part à éteindre
Et que j'ai mille raisons de me plaindre.
Contre moi vents et orages se sont unis;
Et combien de fois le ciel a été gris !
Les épines et les ronces m'ont piqué,
À gauche, à droite, et ailleurs aussi.
Mais, pour dire toute la vérité,
Fait-il assez beau aujourd'hui !


À quoi sert de toujours brailler
Et de rabâcher les soucis d'hier ?
À quoi sert de ressasser le passé
Et, au printemps, de parler de l'hiver ?
Un chacun doit avoir ses tribulations
Et mettre de l'eau dans son vin.
La vie n'est certes constante célébration.
Des soucis ? Bien sûr, j'ai eu les miens.
Mais il faut bien le voir aussi:
Il fait diablement beau aujourd'hui !


C'est aujourd'hui que je vis,
Et non pas il y a un mois.
T'en as, t'en as pas, tu donnes et tu prends
Selon qu'en décide le moment.
Hier, un nuage de chagrin
A bien assombri mon chemin.
Demain, il pleuvra peut-être
À casser les carreaux de fenêtres,
Mais faut le dire, puisque c'est ainsi:
Fait-il assez beau aujourd'hui !


Douglas Malloch
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Genji
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 11 Nov 2009, 14:10

NOS DEUX CORPS SONT EN TOI...

Nos deux corps sont en toi,
Je le sais plus que d'ombre.
Nos amis sont à toi,
Je ne sais que de nombre.
Et puisque tu es tout
Et que je ne suis rien,
Je n'ai rien ne t'ayant
Ou j'ai tout, au contraire,
Avoir et tout et tien,
Comment se peut-il faire?...
C'est que j'ai tous les maux
Et je n'ai point de biens.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Le soleil de mes yeux,
Si je n'ai ta lumière,
Une aveugle nuée
Ennuie ma paupière.
Comme une pluie de pleurs
Découle de mes yeux,
Les éclairs de l'amour,
Les éclats de la foudre
Entrefendent mes nuits
Et m'écrasent en poudre.
Quand j'entonne les cris,
Lors, j'étonne les cieux.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vsi par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Nous n'aurons qu'une vie
Et n'aurons qu'un trépas.
Je ne veux pas ta mort,
Je désire la mienne.
Mais ma mort est ta mort
Et ma vie est la tienne.
Ainsi, je veux mourir
Et je ne le veux pas.

Marguerite de Valois
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 11 Nov 2009, 22:14




Anne, où es-tu ? Réponds-moi, même si tu n'entends pas mon cri.
Anne !
Je te parle d'un monde où l'aube n'a pas étendu son manteau de rosée.
Je te parle d'un monde désolé, pris dans l'étau du silence.
La nuit est tombée mais les rues sont encore claires
J'aborde un estaminet pour consommer un verre
Mais ma gorge se noue, j'ai de la peine à m'exprimer
La serveuse me d'mande : ' Ca va ? , j' ai envie de l'étrangler
Je bois ...
Tous ces gens à côté me transpercent de leurs regards
La sueur sur mon front, je me retrouve sur le trottoir
L'cadastre de la ville, dans lequel je tourne en rond
Il n'y a qu'un seul couloir et il se trouve une grille au fond
Je sais ...
Mes rêves ! Mes châteaux ! Mes pays magiques ! Mes animaux !
Je sais que s'y briseront mes os
Perçant aux rayons x, je m'en peins d'ici le tableau
Enfermé dans un aquarium sans le secret des larmes
J'attaque le sens du monde et la paresse est mon arme
Et je me gave
Et je me gave de toutes les drogues de la solitude
Je considère les actes humains comme un ensemble de turpitudes
J'voudrais qu'il y ait un dieu pour lui cracher à la face
La mémoire fait mal quand le délire s'efface

La mémoire fait peur quand elle me cloue sur mon lit
Le délire s'éteint quand la mémoire vomit
Seul, caché dans mon arbre, je considère leur danse
J'me moque de leurs sourires, j'souris de leurs amours
De leurs projets, de leur santé, de leurs spectacles, de leurs ' toujours'
Et je m'envole ... vole petit oiseau
Vole sur la terre et vole sur les flots
Vole dessus les monts et vole dessus les êtres
Vole dessus les actes, dessus les paraître

Ils m'ont repris ... et de nouveau je déambule
Entre les blouses blanches et les seringues et les pilules
Les interrogations, tous ces traitements sans trêve
Ils contrôlent mon esprit et ils ont volé mes rêves

Francis Giauque

(Syllogisme Amen)

Toile "Opportunity", de Juan Sepulveda


Dernière édition par Constance le Jeu 12 Nov 2009, 13:00, édité 1 fois
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