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 Poème du jour

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Genji
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 12 Nov 2009, 12:31

Sonnet: From Morn to Mourning

Morning. Full Chorus of the birds. A Sun
Of nascent ardour in the sapphire dome.
Now Memnon's massive kings with mouths of stone
Chant their aubade. Now down the valleys come
Innocent minstrels in whose unstained eyes
Vision unfolds vibrating like a flower:
Yggdrasil spreads above them; Jordan flows
About their feet; they hear the magic lyre
Of Orpheus echo from the Underworld...
All Earth's calm landscape shimmers; rainbows dance
Above the moutain meadows wherein Love's
Flocks graze...But what chill shadow, not of cloud,
Is this that darkens noonday's crystal? Whence
Comes that far wail of mourning through the groves?

David Gascoyne, Personal Poems.

___________________________________________________

Ici traduit par Pierre Oster Soussouev

Sonnet: Du matin au chagrin

Matin. Choeur de tous les oiseaux. Un Soleil
D'une naissante ardeur au dôme de saphir.
A présent les rois massifs de Memnon dont la bouche est de pierre
Chantent leur aubade. A présent défilent dans les vallées
D'innocents ménestrels dont les yeux purs
Déploient une vision vibrante comme une fleur:
Yggdrasil sur eux se penche; le Jourdain coule
A leurs pieds; ils entendent par la lyre magique
D'Orphée les échos du Monde infernal...
Le calme paysage de la Terre luit; des arcs-en-ciel dansent
Au-dessus des alpages où paissent les troupeaux
De l'Amour...Mais quelle ombre glaciale, d'aucun nuage,
Vient assombrir le cristal de midi? D'où
Parvient cette plainte lointaine du chagrin parmi les buissons?


Dernière édition par Genji le Jeu 12 Nov 2009, 13:32, édité 1 fois (Raison : correction pour éviter de l'urticaire à certains)
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 12 Nov 2009, 12:50




Ozymandias


J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui m’a dit : « deux jambes de pierre vastes et sans tronc
Se dressent dans le désert.
Près d’elles, sur le sable,
À moitié enfoncé, gît un visage brisé, dont le froncement de sourcil
Et la lèvre plissée, et le ricanement de froid commandement
Disent que le sculpteur sut bien lire ces passions
Qui survivent encore, empreintes sur ces choses sans vie,
À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.
Et sur le piédestal apparaissent ces mots :
« Mon nom est Ozymandias, roi des rois,
Contemplez mon œuvre, ô Tout-puissants, et désespérez ! »
Il ne reste rien à côté.
Autour de la ruine
De ce colossal débris, sans limites et nus,
Les sables étendent au loin leur niveau solitaire.


Percy Bysshe Shelley
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 12 Nov 2009, 21:23




Je pense

(A Paul Vincensini)


Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu'il reste dorénavant surtout à mourir
Je pense que l'obscur est difficile à supporter après
la lumière
Je pense que l'obscur n'a pas de fin
Je pense qu'il est long de vivre quand vivre n'est plus
que mourir
Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s'empare de tout le sang quand le cour est détruit
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est
immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages
Je pense qu'il n'y a qu'un visage pour mes yeux
Je pense qu'il n'y a pas de remède
Je pense qu'il n'y a qu'à poser la plume
et laisser les démons et les larves continuer le récit
et maculer la page
Je pense que se tenir la tête longtemps sous l'eau
finit par étourdir
et qu'il y a de la douceur à remplacer son cerveau
par de la boue
Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible
Je pense que tout est fini.


Alain Borne

(Toile "My portrait surrended by masks", de James Ensor)
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Ven 13 Nov 2009, 12:27




Je ferai ici un poème


Je ferai ici le poème de la bougie consumée, de la pluie que
nous attendions et qui ne tomba point; et j'évoquerai
l'apparence de Bérénice même, dont le visage ne m'est point connu;

Etait-ce le nom d'un vaisseau de haut bord, Le dernier cri
des oiseaux qui venaient de Septembre et ne s'attardaient point
au dessus de notre demeure ?

Un chien jaune aboyait derrière la métairie; nous venions
de quitter nos travaux pour cette randonnée vers l'auberge à la
croisée des vents,

et vous me contiez une histoire qui me rappela le dit de la
vieille Jeanne, celui de Margoton et la solitude aux approches de
l'hiver, entre les livres et le tabac parfumé.


Roger Kowalski
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 14 Nov 2009, 08:29

allons-y pour Cendrars/Chagall


clic !

On tangue on tangue sur le bateau
La lune la lune fait des cercles dans l’eau
Dans le ciel c’est le mât qui fait des cercles
Et désigne toutes les étoiles du doigt
Une jeune Argentine accoudée au bastingage
Rêve à Paris en contemplant les phares qui dessinent
la côte de France
Rêve à Paris qu’elle ne connaît qu’à peine et qu’elle
regrette déjà
Ces feux tournants fixes doubles colorés à éclipses lui
rappellent ceux qu’elle voyait de sa fenêtre d’hôtel sur
les Boulevards et lui promettent un prompt retour
Elle rêve de revenir bientôt en France et d’habiter Paris
Le bruit de ma machine à écrire l’empêche de mener son
rêve jusqu’au bout.
Ma belle machine à écrire qui sonne au bout de chaque
ligne et qui est aussi rapide qu’un jazz
Ma belle machine à écrire qui m’empêche de rêver à
bâbord comme à tribord
Et qui me fait suivre jusqu’au bout une idée
Mon idée


Blaise Cendrars


Chagall, les amoureux au clair de lune
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 14 Nov 2009, 19:09

Michel Leiris est à la fois poète, ethnographe, critique d'art et essayiste, mais c'est son œuvre autobiographique qui s'impose nettement comme la partie la plus imposante de son activité d'homme de lettres.

Dire qu'il n' a pas encore son fil sur GDS* !

il fait partie de ces auteurs dont on parle peu, mais qu'on a envie de lire d'après ce qu'on sait de lui...par ouï-dire






Avare


M'alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l'essentiel

Abandonnant ma longue traîne


de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets

devenir oiseau avare
Ivre du seul vol de ses ailes


Michel Leiris

(poème écrit en 1944, paru dans Haut Mal, Poésie/Gallimard, 1969)


Colombe bleue avec fleurs, par Pablo PICASSO.
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Dim 15 Nov 2009, 13:44




Tu peux me confier sans crainte
Les menues besognes matinales.
Laisse faire les nuages,
La poussière ardente par-dessus les toits,
Les marteaux de la tristesse sur la table.
Mon pays s’étend de juin à septembre
Avant la première neige appelle-moi.


Eugénio de Andrade


(in Poids de l’ombre)

Toile "Can't sleep" de Tina Palmer
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 16 Nov 2009, 20:03




Au point où en sont les choses, de quelle clarté perdue
venons-nous ? Qui peut se souvenir de l'inexistence ?
Il serait sans doute plus doux de revenir, mais
nous entrons indécis dans une forêt d'aubépines.
Il n'y a rien au-delà de l'ultime prophétie.
Nous avons rêvé qu'un dieu
nous léchait les mains : nul ne verra son masque divin.
Au point où en sont les choses,
la folie est parfaite.


Antonio Gamoneda

(in " Clarté sans repos")
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 17 Nov 2009, 14:07




L’inconnue


Au-dessus des restaurants, le soir,
L’air est épais, sauvage et lourd,
Et règne sur les cris d’ivrognes
Un souffle de printemps malsain.

Au-dessus des rues poussiéreuses,
De l’ennui des villégiatures,
Luit le bretzel du boulanger,
Un enfant pleure quelque part.

Et aux barrières, chaque soir,
Le melon collé sur l’oreille,
Les hâbleurs patentés promènent
Des dames dans les fossés.

Les tolets grincent sur l’étang,
Une femme glapit au loin,
Et, dans le ciel, on voit le disque,
Blasé, stupide, grimacer.

Et chaque soir, mon seul ami
Vient se refléter dans mon verre,
Comme moi il est étourdi
Par le liquide âpre et étrange.

Tandis que les laquais somnolent
Plantés près des tables voisines,
Des ivrognes aux yeux de lapin
Proclament : " In vino veritas ! "

Et chaque soir, à l’heure dite
(Ou est-ce un songe qui me vient ?),
Une taille svelte, serrée de soie,
Paraît dans la vitre embrumée.

Et, passant entre les ivrognes,
Toujours seule, d’un pas lent,
Sentant le parfum et la brume,
Elle s’assoit près de la fenêtre.

Et les légendes d’autrefois
Imprègnent la soie élastique,
Les plumes noires de son chapeau
Et les bagues à la main étroite.

Charmé par l’étrange présence,
Au-delà de ce voile noir,
Je vois un rivage enchanté,
Je vois un lointain enchanteur.

J’ai la garde d’obscurs mystères,
Je dois veiller sur un soleil,
Et l’âpre vin a pénétré
Tous les méandres de mon âme.

Et les plumes d’autruche penchent,
Se balancent dans mon esprit,
Et ces yeux bleus, ces yeux sans fond
Sur le rivage, au loin fleurissent.

Mon âme recèle un trésor,
La clef m’en a été confiée !
Tu as raison, ivrogne, je sais :
"La vérité est dans le vin. "

Alexandre Blok

(La Ville, in Le Monde terrible)

Toile "Femme au chapeau", de Gustav Klimt
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 18 Nov 2009, 11:00




La même histoire


Il n'y a pas de mot pour dire
la clameur qui remonte des ports et des chantiers
et des cités du monde partout dans la nuit blanche

la clameur lancinante qui remonte du silence
pas de mot pour la dire

Et pas de mot encore pour dire
l'histoire sans fin de tous les jours
de toutes les nuits
à regarder venir ce qui ne vient jamais
qu'à la fin de l'histoire et l'histoire est sans fin

et l'histoire est sans fin ...

Oui, c'est toujours recommencer cette route au hasard
un café le matin, la caillure des machines
passer et repasser de ces mots ... mêmes mots
sur la meule des heures et plus tard dans sa vie
tout au bout s'endormir
comme une bête immobile et qui rêve en dormant

toujours, oui, c'est recommencer ...

Mais c'est toujours la même histoire
qu'on raconte pourtant qu'on écrit sur les murs
et le sable et dans la poussière des vitres
aussitôt effacée, recommencée déjà,
on peut lire
on peut voir
la question redoutable des hommes sans sommeil
la question sur la suite impossible des jours

oui, c'est toujours la même histoire ...

La même histoire de houle sur les gouffres
quand le mot ne vaut plus qu'écrit avec son sang
même histoire est se taire
la gueule vitriolée pour toute l'absurdité

Et qu'est-ce que je fais là
penché sur ce papier
penché sur les lambeaux d'un grand verbe éclaté
penché jusqu'à tomber jusqu'à ?

mais qu'est-ce que je fais là ?


Alex Abouladzé

(L'espace vide)
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 19 Nov 2009, 12:27




Je voudrais parvenir au cœur
Des choses, en toutes :
Dans l'œuvre, les remous du cœur,
Cherchant ma route.

À l'essence des jours passés,
Leur origine,
Jusqu'à la moëlle, jusqu'au pied,
À la racine.

Des faits, des êtres sans arrêt
Saisir le fil,
Vivre, penser, sentir, aimer
Et découvrir.

Ô, le pourrais-je, je ferais,
Fût-ce en fraction,
Huit vers pour peindre les grands traits
De la passion :

Ses injustices, ses péchés,
Fugues, poursuites,
Coudes et paumes, imprévus
À la va-vite.

Et je déduirais ses raisons
Et sa formule,
Je répéterais de son nom
Les majuscules.

En vers tracés comme un jardin
Vibrant des veines
Des tilleuls fleuris un à un
En file indienne.

J'y mettrais la senteur des roses
Et de la menthe,
Les prés, la fenaison, l'orage
Au loin qui gronde.

Tel des fermes, bois et jardins
Et sépultures
Le miracle enclos par Chopin
Dans ses études.

Le jeu du triomphe accompli
Et son tourment,
C'est la corde qui se raidit
Quand l'arc se tend.


Boris Pasternak

(Poèmes)

Toile "Waterfall", de Hei Feng
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Ven 20 Nov 2009, 11:42




Ce soir-là


Ce soir-là, en des temps plus anciens que l'enfance, ce soir-là alors
que la nuit était imminente, je vis votre visage, et tel, et si profond,
à ce point vous, bien aimée, que je rencontrerai seulement bien plus
tard, si divinement secret entre la branche qui frôlait les vitres
et les doigts serrant la plume, que les feux soudains s'allumèrent dans
mes forêts, coururent jusqu'à la frontière occidentale,
bondirent, par dessus les rivières, les étangs, flaques de tardives
pluies, me lièrent enfin pour jamais à l'arbre inquiet de votre sang.


Roger Kowalski

Toile "Rooted and grounded", de Glen Tarnowski
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 21 Nov 2009, 10:18




L'homme agonique


Jamais je n'ai fermé les yeux
malgré les vertiges sucrés des euphories
même quand mes yeux sentaient le roussi
ou en butte aux rafales montantes des chagrins
Car je trempe jusqu'à la moelle des os
jusqu'aux états d'osmose incandescents
dans la plus noire transparence de nos sommeils
Tapi au fond de moi tel le fin renard
alors je me résorbe en jeux, je mime et parade
ma vérité, le mal d'amour, et douleurs et joies
Et je m'écris sous la loi d'émeute
je veux saigner sur vous par toute l'affection
j'écris, j'écris, à faire un fou de moi
à me faire le fou du roi de chacun
volontaire aux enchères de la dérision
mon rire en volées de grelots par vos têtes
en chavirées de pluie dans vos jambes
Mais je ne peux me déprendre du conglomérat
je suis le rouge-gorge de la forge
le mégot de survie, l'homme agonique
Un jour de grande détresse à son comble
je franchirai les tonnerres des désespoirs
je déposerai ma tête exsangue sur un meuble
ma tête grenade et déflagration
sans plus de vue je continuerai, j'irai
vers ma mort peuplée de rumeurs et d'éboulis
je retrouverai ma nue propriété


Gaston Miron

(L'Homme Rapaillé)

Toile "Eluard", de Salvador Dali
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Sam 21 Nov 2009, 23:35




Clairière


Il bouge un miroir où s'ouvrent des paupières
c'est l'absence sur l'eau de ton visage
la ballade de ton sourire où l'aube t'envoie
née du tremblement d'un étoile qui mourut de revoir le jour

Ton corps se voit dans le noir
moins d'ombre est dans la nuit
que dans mes yeux où tu te lèves

toi de mon nom où tu te caches
toi de ta voix tout ce qu'on a su de ton coeur
et plus vivante pour le soleil que pour les jours

Eclair où se poursuit la route du matin
c'est l'hirondelle, elle est blanche
Noir passant qu'en sais-tu
Si son ombre l'attache à la rose des neiges
Où jamais l'amour ne se pose
depuis qu'il a en vu naître et mourir l'amour ?


Joë Bousquet

(La connaissance du soir)

Toile "Full moon", de Tina Palmer
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 23 Nov 2009, 09:22




(A la mémoire de Federico Garcia Lorca,
La légende raconte qu’avant d’être fusillé, il vit au-dessus des soldats se lever le soleil, et dit alors : "et pourtant le soleil se lève")



Revoir un instant les paysages
Derrière les fenêtres où se penchent
Nos femmes, nos semblables,
Les poètes.

Revoir les paysages
Derrière mes tombes de nos camarades
Et que la neige lente qui vole
Quand l’amour nous défie.
Revoir
Les torrents troubles de la pluie qui rampe
Sur les carreaux et brouille toute mesure,
Les mots qui nous dictent notre devoir.
Revoir
Au-dessus de la terre inhospitalière
La croix étendre ses derniers bras raidis.
Une nuit de lune
Revoir l’ombre longue
Que jettent les arbres et les hommes.
Une nuit de lune
Revoir les lourdes vagues de la rivière
Qui luisent comme des pantalons usés.
Puis à l’aube
Voir une fois encore la route blanche
Où surgit le peloton d’exécution,
Revoir enfin
Le soleil se lever entre les nuques étrangères des soldats.


Joseph Brodsky

(Collines et autres poèmes)
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Izoux
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 23 Nov 2009, 14:09

Si tu veux bien, Constance, nous pourrions reprendre notre joli tandem Smile Je pense qu'on peut publier deux poèmes du jour ... ?
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 23 Nov 2009, 15:38

Avec plaisir, Izoux ... Wink ... d'autant que, quoi qu'il ne soit alimenté que par quelques membres, ce fil choral, dont je ne suis pas propriétaire, permet de faire partager des poèmes dont les auteurs sont méconnus, voire inconnus ... sachant que, par ailleurs, les classiques sont défendus avec intelligence et passion sur d'autres fils ...
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rotko
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Lun 23 Nov 2009, 15:53

Constance a écrit:
ce fil permet de faire partager des poèmes dont les auteurs sont méconnus, voire inconnus ...

Très bonne initiative en effet ; Si vous ne parlez pas d'eux, qui les connaîtra ?
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 24 Nov 2009, 09:05




Fils de Manhattan, Walt Whitman, un Kosmos !
Turbulent, charnel, sensuel, mangeur,
buveur, baiseur,
Pas sentimental, pas au-dessus des autres hommes, ni des autres femmes, ni à part d'eux,
Ni plus immodeste que modeste.
Qu'on dévisse les serrures aux portes !
Qu'on dévisse les portes de leurs charnières !
Si quiconque avilit quelqu'un, c'est moi qu'il avilit,
Tout ce qu'on dit ou fait, à la fin me revient.

En moi, la foule des vagues de l'afflatus, en moi le courant et l'index.
J'énonce le mot de passe primitif, je donne le signe de la démocratie,
Bon Dieu ! Je n'accepterai rien dont personne n'aurait la contrepartie aux mêmes termes.
Par moi, toutes ces voix longtemps muettes,
Ces voix d'interminables générations de prisonniers, d'esclaves,
Ces voix de désespérés, de malades, de voleurs, de nabots,
Ces voix de cycles de préparation, d'accrétion,
De fils connectant les étoiles, d'utérus, de semence de père,
De droits d'individus oppressés par d'autres,
De difformes, de laids, de plats, de méprisés, d'imbéciles,
De la brume dans l'air, du scarabée roulant sa boule de fumier.
Par moi les voix interdites !

Les voix de la faim sexuelle, voix voilées - et moi j'enlève le voile -,
Les voix indécentes, clarifiées, transfigurées par mes soins.
Je ne me comprime pas la bouche, avec les doigts,
Je n'ai pas moins de délicatesse pour les intestins que pour la tête ou le coeur,
Le coït n'est pas plus sale pour moi que la mort,
Je crois à la chair, ses appétits,
Voir, ouïr, toucher sont des miracles, pas une des particules qui ne soit miracle.
Divin, je suis, dedans, dehors, sanctifie ce que je touche, ce qui me touche,
L'odeur de mes aisselles est arôme plus subtil que la prière,
Ma tête mieux qu'églises, que bibles, que credo ...


Walt Whitman

(Extrait de Feuilles d'herbe)
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Izoux
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 24 Nov 2009, 17:15

C'est une merveille à déguster également à haute voix en anglais si vous avez l'édition bilingue. Pas grave si vous n'en comprenez pas tout le vocabulaire, la promenade demeure aussi belle Smile
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 24 Nov 2009, 17:33

Je ne possède que la traduction française de Jacques Darras (Les cahiers rouges, chez Grasset) ... col

Quatrième de couverture :

"Que fait la poésie face à la souffrance et à la guerre ? La réponse de Walt Whitman est troublante. D'un côté il chante son goût du combat, des armes, de la musique claironnante, de l'autre il exprime sa honte, sa pitié infinie pour l'homme transformé en matériau guerrier. C'est peu de dire que la poésie est ici mise à l'épreuve du feu : elle court héroïquement le risque de sa propre mort.
Whitman ne prétend pas à une poésie pure. Le premier de tous il est celui qui mesure son idéalisme au critère de la relativité.
Peu nombreux sont ceux qui ont retenu la leçon. Il serait temps de commencer ! "


Dernière édition par Constance le Mar 24 Nov 2009, 17:36, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 24 Nov 2009, 17:34



Tous droits réservés Claude Lazou



Ciel étoilé
Ciel d'étoiles étoilé
ciel de nuit noire
et sol crisse blanc
Ciel noir et nuit d'hiver
Dis oui
Froid sur la peau me cingle la figure
et les doigts dans la glace
M'aveuglent
cristaux de bruine




2


M'a dit

Accepte
ou passe ton tour
Dis oui ou renonce




3


M'a dit : Accepte
Qu'un mot à dire M'a dit
ou geste Signe du regard
Hausser le sourcil
Sourire Et dans l'œil Petit faisceau
Petit faisceau pique la chair
Ou geste de bouche
Petit faisceau pique la chair
Petit faisceau Et salivera




4


Ciel étoilé
Ciel d'étoiles étoilé
ciel de nuit noire
et sol crisse blanc
Ciel noir et nuit d'hiver
Froid sur la peau me cingle la figure
et les doigts dans la glace
M'aveuglent
cristaux de bruine
Givrent mes membres




Élisabeth Chabuel "Intime violence" Ed. La Petite Fabrique 38760 Varces 2009 Empreinte Élisabeth Bard.

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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mar 24 Nov 2009, 17:40

Constance a écrit:
Je ne possède que la traduction française de Jacques Darras (Les cahiers rouges, chez Grasset) ... col

Quatrième de couverture :

"Que fait la poésie face à la souffrance et à la guerre ? La réponse de Walt Whitman est troublante. D'un côté il chante son goût du combat, des armes, de la musique claironnante, de l'autre il exprime sa honte, sa pitié infinie pour l'homme transformé en matériau guerrier. C'est peu de dire que la poésie est ici mise à l'épreuve du feu : elle court héroïquement le risque de sa propre mort.
Whitman ne prétend pas à une poésie pure. Le premier de tous il est celui qui mesure son idéalisme au critère de la relativité.
Peu nombreux sont ceux qui ont retenu la leçon. Il serait temps de commencer ! "

Je crois que c'est chez Aubier mais ayant toujours la majeure partie de mes livres en carton ... col
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Constance
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MessageSujet: Re: Poème du jour   Mer 25 Nov 2009, 09:10




Couché sur l'herbe, je couche

ce moment plein d'éclairs

voix arrachée

aux limites du gazon.



Pierre dans l'utérus du fruit

monde sous l'herbe

solitaire sous solitaire.



Vers suggérés que mon corps

consomme, dans le graphique du jour.

Observe la fourmi brune

dans sa jungle de lames.



Je suis la défaillance de mon élève, rejette

hors de proportion la fourmi,

réduis l'activité de la graine

en cette minute abrupte.



Sous la mouche transparente

un insecte équation chevauche

le mince verre du mot,

pour instruire le vide.



Astuces extérieures : le cliquetis

du buisson ; le négoce oblong

du bruit ; la posture de ces

hautes branches.


Harold Pinter


(Autres voix / prose, poésie, politique)

Toile "Jeune homme nu couché dans l'herbe", de Frédéric Bazille
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Constance
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Date d'inscription : 01/10/2009

MessageSujet: Re: Poème du jour   Jeu 26 Nov 2009, 10:09




Sous le silence des lumières énormes,
je suis sur le trottoir
mes tristes pensées, comme l’ombre
qui devant moi vacille.

La foule trépignante
est passée et repassée sur nous
qui, dans les rues nocturnes,
nous sommes déchirés, et tellement tendus
que nous sommes usés désormais,
luisants de la terrible usure
de l’asphalte d’un boulevard.

Tant de gens, tant de gens – autant que de lumières
allumées sur les places –
tant de silhouettes lentes lentes lentes
ont piétiné notre âme.

Je me souviens, mon visage insondable
dans les vitrines glauques, était un des tourments.

Ainsi que la pensée que ces membres
un jour se tordront d’agonie.

Maintenant je traîne mes pas
sous les lumières énormes, innombrables
qui, en grand silence, ont assombri le ciel.

Et tout autour j’entends encore le grondement
de la chute infinie dans la mort.


Cesare Pavese

(Travailler fatigue)

Toile "White suit", de Fabian Perez
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MessageSujet: Re: Poème du jour   

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Poème du jour
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