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 Baudelaire

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Constance
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Lun 19 Oct 2009, 19:36

Je viens de terminer la lecture de "Mon coeur mis à nu", un carnet de notes composé de phrases courtes, parfois très violentes, à partir duquel Baudelaire pensait écrire un livre ... de fait, ce carnet est un bric à brac de considérations sur les femmes, l'amour, la politique, les écrivains, Dieu etc ...

Extrait :

"Politique.

XXV


En somme, devant l'histoire et le peuple français, la grande gloire de Napoléon III aura été de prouver que le premier venu peut, en s'emparant du télégraphe et de l'Imprimerie nationale, gouverner une grande nation.
Imbéciles sont ceux qui croient que de pareilles choses peuvent s'accomplir sans la permission du peuple - et ceux qui croient que la gloire ne peut être appuyée que sur la vertu.
Les dictateurs sont les domestiques du peuple - rien de plus - un foutu rôle d'ailleurs, - et la gloire est le résultat de l'adaptation d'un esprit avec la sottise nationale"


Tiens donc ! ... cette note résonne d'une étrange modernité ... Happy
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Amnez
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MessageSujet: Poème   Ven 06 Nov 2009, 21:07

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)


Correspondances
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.



1.Quelle image est donnée de la nature ?
Relève trois élèments textuels qui le prouvent .

2.Quelle est la nature des élèments entre lesquels Baudelaire établit des correspondances au vers 8?

3. La correspondance des vers 9&10 est-elle de même nature ?
Expliquez .


4.En quoi est-elle originale ? Que signifie t-elle ?

5.Quelle est la nature des élèments entre lesquels Baudelaire établit des correspondances dans les quatre derniers vers ?

6.Quel signe typographique montre que Baudelaire change de type de correspondances ?

7.On parle de correspondances horizontales et de correspondances verticales . Comprenez-vous cette distinction ? Expliquez-là ??




J'arrive vraiment pas à répondre à ces questions, même avec le poème devant mes yeux .. Aidez moi , s'il vous plaît ..

Vous êtes ma dernière solution .. Merci .
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Mar 22 Déc 2009, 15:43

Un des poèmes de Baudelaire que je préfère:

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.
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MdSA
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Mer 23 Déc 2009, 15:06

J'adore "la Carcasse". Je ne sais pas si c'est dû aux sonorités, à la mélodie qui s'en dégage, ou plutôt l'intention de Baudelaire avec ce poème...
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rotko
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Mer 23 Déc 2009, 15:37

Citation :
Et le ciel regardait la carcasse superbe.

le vrai titre est la Charogne

.
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MdSA
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Mer 23 Déc 2009, 15:39

rotko a écrit:
Citation :
Et le ciel regardait la carcasse superbe.

le vrai titre est la Charogne

.

Merci, bête que je suis. x)
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vtarallo
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Sam 06 Fév 2010, 10:33

Un de mes préférés:

REMORDS POSTHUME

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,

Te dira : " Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? "
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.
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vtarallo
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Sam 06 Fév 2010, 10:34

Un autre bien glauque aussi:

LES TENEBRES

Dans les caveaux d'insondable tristesse
Où le Destin m'a déjà relégué ;
Où jamais n'entre un rayon rose et gai ;
Où, seul avec la Nuit, maussade hôtesse,

Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur
Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres ;
Où, cuisinier aux appétits funèbres,
Je fais bouillir et je mange mon coeur,

Par instants brille, et s'allonge, et s'étale
Un spectre fait de grâce et de splendeur.
A sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur,
Je reconnais ma belle visiteuse :
C'est Elle ! noire et pourtant lumineuse.
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Dydime
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 11 Avr 2010, 18:44

Citation :
le vrai titre est la Charogne

Dans l'exposition temporaire sur les mouches au Muséum d'Histoire Naturel à Paris, il y avait un écran de télé avec des hauts parleurs qui récitaient en boucles ce poème. Sur l'écran, il y avait en images accélérées, le processus de décomposition d'une carcasse de cochon, plus exactement le moment où les larves de mouches y éclosent et s'en nourrissent .

Hé bien, on avait une parfaite illustration de cette strophe :

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et en regardant cette video on ne pouvait s'empêcher de penser que le phénomène avait une certaine beauté ... Embarassed


Citation :
Ok, alors je rectifie: y a-t-il un texte poétique de Baudelaire qui ne soit pas un chef d'oeuvre?

Je crois qu’on peut contester aux Petits poèmes en proses le titre de « chef d’œuvre » … Embarassed La poésie s’exprime mieux dans les vers que dans la prose, c’est peut-être pour ça qu’on sent une différence entre le chef d’œuvre que sont les Fleurs du Mal et les poèmes en prose.


Citation :
D'où l'intérêt de confronter le résultat en prose et celui en vers. Deux approches différentes.

Il ne faut pas oublier les critiques d’art rédigées par Baudelaire ! Ce sont ces premiers écrits, et je me suis laissé dire que sa conception personnel de la beauté que l’on retrouve dans ses poèmes est y déjà présente. Ces critiques sont réunies dans « Les curiosités esthétiques » il me semble …


Vous avez cites beaucoup de poèmes, mais pas celui que je préfère : Le Voyage. Comme il est très long, voici seulement des passages.

VI

" Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;

[...]

VII

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

[...]

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !


Je termine avec un petit lien vers une adaptation en musique du Mort Joyeux. Oreille sensible, attention Wink
http://www.youtube.com/watch?v=MMGO2ZN3Sto
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Constance
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 11 Avr 2010, 19:15

Une fascinante animation sur "Une charogne" ...




http://www.dailymotion.com/video/x1gu7o_une-charogne-baudelaire_shortfilms
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rotko
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Lun 03 Mai 2010, 15:05

L'Irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s'agite et se tortille
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille?
Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi?
Dans quel philtre? dans quel vin? dans quelle tisane?

Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d'angoisse
Et pareil au mourant qu'écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé! s'il faut qu'il désespère
D'avoir sa croix et son tombeau;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire!

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?

L'Espérance qui brille aux carreaux de l'Auberge
Est soufflée, est morte à jamais!
Sans lune et sans rayons, trouver où l'on héberge
Les martyrs d'un chemin mauvais!
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l'Auberge!

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?
Dis, connais-tu l'irrémissible?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?

L'Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L'Irréparable ronge avec sa dent maudite!

J'ai vu parfois, au fond d'un théâtre banal
Qu'enflammait l'orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore;
J'ai vu parfois au fond d'un théâtre banal

Un être, qui n'était que lumière, or et gaze,
Terrasser l'énorme Satan;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l'extase,
Est un théâtre où l'on attend
Toujours, toujours en vain, l'Etre aux ailes de gaze !
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rotko
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Lun 03 Mai 2010, 15:07

LXXXIV. L'Irrémédiable

I

Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l'azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre ;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu'a tenté l'amour du difforme,
Au fond d'un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres !
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres ;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d'un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé ;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d'un gouffre dont l'odeur
Trahit l'humide profondeur,
D'éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu'eux ;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle ;

- Emblèmes nets, tableau parfait
D'une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu'il fait !

II

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu'un cœur devenu son miroir !
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
- La conscience dans le Mal !
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Amadak
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MessageSujet: baudelaire   Lun 03 Mai 2010, 21:46

ces deux poèmes, l'irréparable et l'irrémédiable, s'ajoutent au génie inépuisable de Baudelaire, dont les vers sont empreints d'une sensibilité captivante. La beauté parfois fait mal au coeur.
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Drella
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 10 Oct 2010, 20:06

CXVII - L'amour et le crâne

Vieux cul-de-lampe*


L'Amour est assis sur le crâne
De l'Humanité,
Et sur ce trône le profane,
Au rire effronté,

Souffle gaiement des bulles rondes
Qui montent dans l'air,
Comme pour rejoindre les mondes
Au fond de l'éther.

Le globe lumineux et frêle
Prend un grand essor,
Crève et crache son âme grêle
Comme un songe d'or.

J'entends le crâne à chaque bulle
Prier et gémir :
- " Ce jeu féroce et ridicule,
Quand doit-il finir ?

Car ce que ta bouche cruelle
Eparpille en l'air,
Monstre assassin, c'est ma cervelle,
Mon sang et ma chair ! "

*Poeme inspire par cette gravure d'Hendrick Goltzius (1558-1617)


clic !
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Amadak
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MessageSujet: Charles Baudelaire   Dim 20 Mar 2011, 16:17


Charles Baudelaire -Brumes et pluies-
Brumes et pluies
Charles Baudelaire (1821-1867)

O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
O blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.

Espagnol
Brumas y lluvias

¡Oh, finales de otoño, inviernos, primaveras cubiertas de lodo,
Adormecedoras estaciones! yo os amo y os elogio
Por envolver así mí corazón y mi cerebro
Con una mortaja vaporosa y en una tumba baldía.

En esta inmensa llanura donde el austro frío sopla,
Donde en las interminables noches la veleta enronquece,
Mi alma mejor que en la época del tibio reverdecer
Desplegará ampliamente sus alas de cuervo.

Nada es más dulce para el corazón lleno de cosas fúnebres,
Y sobre el cual desde hace tiempo desciende la escarcha,
¡Oh, blanquecinas estaciones, reinas de nuestros climas!,

Que el aspecto permanente de vuestras pálidas tinieblas,
-Si no es en una noche sin luna, uno junto al otro,
El dolor adormecido sobre un lecho cualquiera.

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Amadak
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MessageSujet: Baudelaire   Dim 10 Juil 2011, 18:24

Recueillement


Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici ;
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Sonnet de Baudelaire, paru en novembre 1861.


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Amadak
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MessageSujet: poésie ininterrompue   Mer 10 Aoû 2011, 23:02

Baudelaire
Brumes et pluies
Charles Baudelaire (1821-1867)

O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
O blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.

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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 28 Aoû 2011, 06:44

Les fleurs du mal, poème L de "Spleen et Idéal"

Ciel brouillé

On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

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Clertie
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 28 Aoû 2011, 06:53

Un "Spleen" que j'aime beaucoup, où on voit que la figure du chat représente celle du poète cherchant l'inspiration cat

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L'âme d'un vieux poëte erre dans la gouttière
Avec la triste voix d'un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu'en un jeu plein de sales parfums,

Héritage fatal d'une vieille hydropique,
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

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Clertie
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 28 Aoû 2011, 07:07

Et pour montrer que Baudelaire ne parle pas que des chats, un poème du Spleen de Paris ; pas spécialement poétique, mais on dirait une petite fable très amère.

Le chien et le flacon

"Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la ville."
Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché ; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche.
" — Ah ! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies."


Il semblerait d'ailleurs que les chiens soient un motif important dans les Petits poèmes en prose ; le poème qui clôture le recueil s'intitule d'ailleurs "Les bons chiens"
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soussou
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Mer 07 Sep 2011, 21:19

Tristesse de la Lune

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Amadak
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MessageSujet: Baudelaire: poésie ininterrompue   Ven 09 Sep 2011, 22:30

beaux poèmes et pour Soussou merci pour la belle vidéo
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Layla Monroc
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 15 Jan 2012, 15:30

Les fleurs du mal est un des premiers recueil que j'ai lu. Il.est sublime. De nombreux poèmes m'ont marqués comme la charogne ou l'albatros !
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MessageSujet: Baudelaire   Dim 15 Jan 2012, 16:23

Je pense que pour paler de Baudelaire les mots manquent, Le premier traducteur de Poe, chez qui il a sûrement trouvé des ressemblances dans la tristesse et dans le génie.
"les fleurs du mal" un chef-d'oeuvre de la littérature française,depuis toujours.
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Layla Monroc
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Dim 15 Jan 2012, 16:29

J'approuvé.
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