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 Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)

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troglodyte
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MessageSujet: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Sam 04 Déc 2010, 19:20


En 3 gros volumes chez Laffont
Collection Bouquins
avec en plus des textes inédits

Sachant qu'il y a des grains que les scènes d'amour en voiture émoustillent tout particulièrement (cf Madame Bovary), je me hâte d'en livrer deux à leur concupiscence, n'en étant qu'au début de ces mémoires du célèbre amoureux, qui se lisent très bien. L'auteur à mon sens est moins vicieux mais plus sensuel que Sade.

Citation :
t 1 p 98 : (Casanova et la jeune femme sont dans une voiture à deux places, protégés des intempéries par un court toît, leurs jambes à découvert.)

[...] voilà les éclairs qui se succèdent, le tonnerre qui gronde, et la pauvre femme qui tremble. La pluie commence. J'ôte mon manteau pour l'employer à nous couvrir par-devant tous les deux ; et après qu'un grand éclair a annoncé la foudre, nous la voyons éclater à cent pas devant nous. Les chevaux se cambrent, et ma pauvre dame est prise par des convulsions spasmodiques. Elle se jette sur moi, me serrant étroitement entre ses bras. Je m'incline pour ramasser le manteau qui était tombé à nos pieds, et en le ramassant je prends ses jupes avec. Dans le moment qu'elle veut les rabaisser, une nouvelle foudre éclate, et la frayeur l'empêche de se mouvoir. Voulant remettre le manteau sur elle, je me l'approche, et elle tombe positivement sur moi qui rapidement la place à califourchon. Sa position ne pouvant pas être plus heureuse, je ne perds pas de temps, je m'y adapte dans un instant faisant semblant d'arranger dans la ceinture de mes culottes ma montre. Comprenant que si elle ne m'en empêchait pas bien vite, elle ne pouvait plus se défendre, elle fait un effort, mais je lui dis que si elle ne fait pas semblant d'être évanouie, le postillon se tournerait et verrait tout. En disant ces paroles, je laisse qu'elle m'appelle impie tant qu'elle veut, je la serre au croupion, et je remporte la plus complète victoire que jamais habile gladiateur ait remportée.

Citation :
t 1 p 189 : (Casanova et Donna Lucrezia, mariée à un avocat, sont à l'abri des regards dans une voiture à deux places, pour un court trajet.)

Combien de choses nous nous serions dites, avant de nous livrer à notre tendresse, si le temps n'avait pas été précieux ! Mais ne sachant que trop que nous n'avions qu'une demi-heure, nous devînmes dans une minute un seul individu. Aux faîtes du bonheur, et dans l'ivresse du contentement je me trouve surpris d'entendre sortir de la bouche de Donna Lucrezia les paroles : Ah ! Mon Dieu ! Que nous sommes malheureux ! Elle me repousse, elle se rajuste, le cocher s'arrête, et le laquais ouvre la portière.
- Qu'est-il donc arrivé, lui dis-je, me remettant en état de décence.
- Nous sommes chez nous.
Toutes les fois que je me rappelle cet évènement il me semble fabuleux, ou surnaturel. Il n'est pas possible de réduire le temps à rien, car ce fut moins qu'un instant, et les chevaux cependant étaient des rosses. Nous eûmes deux bonheurs. L'un que la nuit était sombre, l'autre que mon ange était à la place où elle devait descendre la première. L'avocat se trouva à la portière dans le même moment que le laquais l'ouvrit. Rien ne se raccommode si vite qu'une femme, mais un homme ! Si j'avais été de l'autre côté, je me serais tiré mal d'affaire. Elle descendit lentement, et tout alla à merveille.

Je crois être en présence de la quintessence du 18ème siècle galant, c'est un véritable feu d'artifice à chaque page, je jouis de cette lecture !

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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Lun 06 Déc 2010, 11:09

Le personnage a une vingtaine d'années, il est abbé en Italie, change de villes comme de femmes, c'est un érotomane errant. Les dialogues qu'il rapporte dans ses Mémoires sont très probablement romancés, les dates sont souvent approximatives, mais qu'importe, c'est une très belle oeuvre d'art.
Citation :
Tome 1 p 214 (Casanova s'éprend de la marquise de G.)
Le cardinal s'étant endormi, elle se leva pour aller s'asseoir sur le Belvedere et je l'ai suivie.
A peine assise sur la hauteur d'appui, je me mets devant elle debout. Un de ses genoux donnait contre le gousset où j'avais ma montre. Prenant avec une respectueuse douceur une de ses mains, je lui dis qu'elle m'avait embrasé.
- Je vous adore, madame, et si vous ne me permettez pas d'espérer du retour, je suis décidé à vous éviter pour toujours*. Prononcez ma sentence.
- Je vous crois libertin, et inconstant.
- Je ne suis ni l'un , ni l'autre.
Lui disant cela, je l'ai serrée contre mon sein, mettant sur ses lèvres un baiser d'amour qu'elle reçut sans avoir la bassesse de souffrir que je lui fisse la moindre violence. Mes mains affamées tentèrent alors de s'ouvrir le chemin à tout ; mais elle changea vite de posture, me priant de la respecter avec tant de douceur que je me suis cru en devoir, non seulement de modérer tout transport mais de lui demander pardon.
* A apprendre par coeur pour bien savoir déclarer sa flamme aux femmes.

Casanova a écrit en français, qui n'était pas sa langue maternelle, mais qu'il maîtrisait, même s'il la truffait d'italianismes, ce qui en fait un jargon très savoureux, et souvent, comme Saint-Simon, il tripote la syntaxe, pour le plus grand plaisir du lecteur amoureux de la langue. Comment se voit-il lui-même ? J'ai trouvé un passage éclairant sur ce sujet :

Citation :
t 1 p 251
Tu me supposes riche ; je ne le suis pas. Je n'aurais plus rien quand j'aurai fini de vider ma bourse. Tu me supposes, peut-être, homme de grande naissance, et je suis d'une condition ou inférieure, ou égale à la tienne. Je n'ai aucun talent lucratif, aucun emploi, aucun fondement pour être certain que j'aurai de quoi manger dans quelques mois. Je n'ai ni parents, ni amis, ni aucun droit pour prétendre, et je n'ai aucun projet solide. Tout ce que j'ai à la fin n'est que jeunesse, santé, courage, un peu d'esprit, des sentiments d'honneur et de probité, et quelques commencements de bonne littérature. Mon grand trésor est que je suis mon maître, que je ne dépends de personne, que je ne crains pas les malheurs. Mon caractère plie à être dissipateur.
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Prince d'Aquitaine
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Sam 11 Déc 2010, 10:16

Très intéressant, Troglodyte. Est-ce que l'ensemble ne fait que parler de ses conquêtes, ou bien y a-t-il d'autres choses "plus" intéressantes ?

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rotko
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Sam 11 Déc 2010, 10:27

moi, j'aimerais que tu retrouves, Troglo, le passage où Casanova se revendique comme un véritable écrivain, ce qu'il est, à mes yeux.

On trouve de tout dans ses Memoires, même des précisions biologiques sur le surmenage sexuel (il pisse du sang), des portraits inattendus, des aventures inédites, et des scènes cocasses, comme le traitement des jeunes filles hystériques par un confesseur qui opère à huis clos.

Secret médical, sans doute.
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Sam 11 Déc 2010, 11:50

Je n'en suis qu'à la page 312 du tome 1, pour l'instant c'est surtout des portraits et des aventures érotiques. Néanmoins, il est aussi question de chimie (comment augmenter le volume du mercure en y incorporant du plomb et du bismuth) et de spiritualité (dialogue entre le chrétien Casanova et un vieux musulman à Constantinople). Il ne me semble pas encore avoir lu le passage où il se déclare écrivain, mais je dis comme Rotko qu'il en est bien un ! Ca se boit comme du petit lait, c'est toujours léger, plaisant, souvent comique. Il me fait toujours l'effet d'un personnage qui dérive, évitant les problèmes avec souplesse, se trouvant toujours au bon endroit au bon moment afin de bien tirer son épingle du jeu. Fascinant !

Je remarque que pour l'instant je n'ai pas eu de description de paysage, par exemple.
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Dim 19 Déc 2010, 17:17

Une magnifique tournure : (page 362 t 1)
Citation :
J'ai passé deux heures dans une débauche, où mon âme ne s'est trouvée que pour être témoin de ma tristesse, de mes remords et de mon tort.
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darabesque
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Dim 19 Déc 2010, 19:24

Doux Jésus je te retrouve enfin et tu es en train de lire des trucs pas possibles !! tu avais Sade déjà si je m'en souviens tu as trouvé pire? Shocked
au cas où tu aurais une absence je suis Marie Chevalier Happy
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Mer 29 Déc 2010, 08:06

Casanova le gastronome :
Citation :
vol 2 chap VIII Elle se mit [...] au clavecin, et elle joua excellement bien plusieurs morceaux par coeur ; puis après s'être fait un peu prier, elle s'accompagna un air à livre ouvert d'une façon que l'amour m'a sur-le-champ élevé à son ciel. Je lui ai alors demandé avec des yeux mourants sa main à baiser, et elle ne me l'a pas donnée ; mais elle me l'a livrée. Malgré cela j'ai su m'abstenir de la dévorer. Je l'ai quittée amoureux, et presque déterminé à me déclarer.

Casanova admirateur de l'ingénuité paysanne :
Citation :
vol 2 chap IX Elle soutint tous les propos que Charles lui tint avec un sens très juste, excitant souvent à rire par des naïvetés jamais par des bêtises. Charmante naïveté enfant de l'esprit et de l'ignorance. Les grâces qu'elle a sont enchanteresses. Elle est la seule qui a le privilège de tout dire sans que son expression puisse offenser. Mais qu'elle est laide quand elle n'est pas naturelle ! Aussi est-ce le chef-d'oeuvre de l'art quand elle est feinte et paraît vraie.

Casanova le théologien :
Citation :
vol 2 chap IX On s'étonne qu'il y ait des scélérats dévots qui se recommandent à leurs saints, et qui les remercient après s'être trouvés heureux dans leurs scélératesses. On a tort. C'est un sentiment qui ne peut être que bon car il fait la guerre à l'athéisme.


On qualifie parfois la collection Bouquins de "Pléiade du pauvre", mais je dois signaler que je n'y ai pas encore trouvé de coquilles, contrairement à la Pléiade.


Dernière édition par troglodyte le Mer 29 Déc 2010, 21:25, édité 1 fois
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rotko
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Mer 29 Déc 2010, 20:00

j'ai les mémoires en livre de poche, et chaque tome précise les dates : exemple tome 4 (1753-1756).

le chapitre VIII précise M. de Bernis part en me cédant ses droits sur son casino pour raconter l'aventure que je préfère. Elle est précédée d'une petite carte du trajet vers l'île de Murano.

Troglo, donne les références de chapitres que je suive ta progression. A la fin de chaque volume du livre de poche, j'ai droit à des notes qui commentent les aventures ou expliquent des détails.

Quelle vie trépidante ! cheers
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Jeu 30 Déc 2010, 19:42

Casanova l'arnaqueur. vol 2 chap XI et suivant

Casanova fait la connaissance de M. Capitani, collectionneur d'antiquités, qui s'est fait refourguer le soi-disant couteau dont saint Pierre aurait coupé l'oreille de Malck, selon la Bible. Tout bon magicien sait que la possession de ce couteau permet de trouver tout trésor enfoui sur les terres de la chrétienté, à condition selon Casanova d'être également possesseur de la gaine qui va avec. Ce dernier se propose donc soit de vendre cette gaine à Capitani, soit d'aller chez un homme de Césène qui est convaincu que son terrain renferme un énorme trésor, et de partager les gains éventuels de la découverte. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord donner existence à cette fameuse gaine.
Citation :
J'ai passé la journée à bâtir une gaine, dont il était difficile d'en voir une plus bouffonne. J'ai fait bouillir la grosse semelle d'une botte forte, et j'y ai pratiqué une ouverture dans laquelle le couteau devait infailliblement entrer. Puis la frottant avec du sable je lui ai donné l'air antique qu'elle devait avoir.
Casanova le prétendu magicien, en compagnie de Capitani et de son fils, se rendent ensuite chez M. Francia, l'homme au trésor. Son père avait déjà fait intervenir un savant pour tenter de le déterrer.
Citation :
- Dieu soit loué qu'un savant que mon père fit venir il y a quarante ans nous dit la même chose. Ce grand homme n'avait besoin qu'encore de trois jours pour extraire le trésor, lorsque mon père sut que les gens de l'Inquisition allaient s'emparer de lui. Il le fit vite échapper. Dites-moi de grâce pourquoi la magie ne peut pas résister à l'Inquisition.
- Parce que les moines ont à leur service un plus grand nombre de diables que nous.
Casanova sait pertinemment qu'il n'a aucun pouvoir magique, mais la crédulité de la famille Francia lui permet, pendant les quelques jours que va durer son intervention, de régner en maître, imposant des jeûnes et administrant des ablutions pectorales. Immédiatement il convoite Javotte, quatorze ans mais qui en paraît dix-huit, une des filles de la famille.
Citation :
Javotte n'était pas une beauté complète pour ce qui regardait son minois, car elle était hâlée, et elle avait la bouche trop grande ; mais ses dents étaient belles, et la lèvre de dessous sortait de façon qu'elle paraissait être faite ainsi pour cuiellir le baiser. Elle m'était devenue intéressante quand lavant sa poitrine j'ai trouvé des seins d'une résistance dont je n'avais pas d'idée. Elle était aussi trop blonde, et ses mains trop charnues n'avaient pas l'air doux, mais il fallait passer par-dessus tout cela. Mon dessein n'était pas de la rendre amoureuse, car la besogne aurait été trop longue avec une paysanne, mais obéissante et soumise. J'ai décidé de la rendre honteuse de se montrer malicieuse, et de m'assurer par là de ne trouver la moindre opposition. Au défaut d'amour, ce qui est le principal dans les expéditions de cette espèce c'est la soumission. On ne trouve ni grâce, ni vice, ni transports ; mais l'on est assez dédommagé par l'exercice d'un empire absolu.
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rotko
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Jeu 30 Déc 2010, 20:23


Citation :
Au défaut d'amour, ce qui est le principal dans les expéditions de cette espèce c'est la soumission. On ne trouve ni grâce, ni vice, ni transports ; mais l'on est assez dédommagé par l'exercice d'un empire absolu.

A plusieurs reprises on trouve chez giacchomo Casanova le désir d'être reconnu comme un Maître en tous domaines.
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Dim 09 Jan 2011, 22:37

Cracranova. (Volume 3 chapitre VII)
Citation :
Aucun penchant amoureux n'altéra à Turin la paix de mon âme, si ce n'est la fille de la blanchisseuse, avec laquelle il m'est arrivé un accident que je n'écris que parce qu'il m'a donné une instruction en physique.

Après avoir fait tout mon possible pour avoir un entretien avec cette fille chez moi, chez elle, ou ailleurs, et n'y être pas réussi, je me suis déterminé à l'avoir en usant d'un peu de violence au bas de l'escalier dérobé qu'elle descendait ordinairement en sortant de chez moi. Je me suis caché au bas, et lorsque je l'ai vue à ma portée, je suis sauté sur elle, et en partie par la douceur, et en partie par l'action vive je l'ai subjuguée sur les dernières marches ; mais à la première secousse de l'union, un son fort extraordinaire sortant de l'endroit voisin de celui que j'occupais ralentit un moment ma fureur, d'autant plus que j'ai vu la succombante porter la main à soon visage pour me cacher la honte qu'elle ressentait à cause de cette indiscrétion.

Je la rassure par un baiser, et je veux suivre, mais voilà un second bruit plus fort que le premier ; je poursuis et voilà le troisième, puis le quatrième, et si régulièrement que cela ressemblait à la basse d'un orchestre qui bat la mesure au mouvement d'une pièce de musique. Ce phénomène de l'ouïe se saisit tout d'un coup de mon âme, joint à l'embarras et à la confusion où je voyais ma victime ; tout cela représenta à mon esprit une idée si comique que le rire s'étant emparé de toutes mes facultés j'ai dû lâcher prise. Elle saisit cette conjoncture pour se sauver.
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Mer 12 Jan 2011, 21:17

Casanova et Crébillon père
Lors de son premier séjour en France, notre héros perfectionne son français avec Crébillon père ; il se prend une remarque qui lui a probablement fait mal :
Citation :
vol 3 chap VIII
J'ai composé un huitain en vers libres sur un certain sujet, et je les ai portés à Crébillon pour les soumettre à sa correction. Après avoir lu avec attention mes huit vers voilà ce qu'il me dit :
- Votre pensée est belle et très poétique ; votre langue est parfaite ; vos vers sont bons et très justes ; et malgré tout cela votre huitain est mauvais.
- Comment cela ?
- Je n'en sais rien. Ce qui manque est le je ne sais quoi. Imaginez-vous un homme que vous voyez, et que vous trouvez beau, bien fait, aimable, rempli d'esprit, parfait à la fin selon votre jugement le plus sévère. Une femme arrive, elle considère cet homme, et après l'avoir bien considéré, elle s'en va en vous disant que cet homme ne lui plaît pas. "Mais, madame, dites-moi quel défaut vous lui trouvez." - "Je n'en sais rien." Vous retournez à cet homme, vous lui faites un examen plus exact, et vous découverez à la fin que c'est un castrato.
Un spécialiste en psychologie pourrait-il avancer qu'un don juan nécessairement abrite, derrière une charmante façade, un grand vide de coeur, et que ce vide apparaîtrait dans sa poésie ? Vaste sujet !
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Sam 15 Jan 2011, 08:22

Casanova professeur d'italien (Vol 3 Chap IX)
C'est toujours durant le premier séjour en France, Casanova a quelques élèves. (Petit rappel : il lui arrive de commettre des fautes de français.)
Citation :
Mme Preodot, qui était une de mes écolières, me reçut un matin étant encore dans son lit, et me disant qu'elle n'avait pas envie de prendre leçon parce qu'elle avait pris médecine le soir. Je lui ai demandé si pendant la nuit elle avait bien déchargé.
- Que me demandez-vous donc ? Quelle curiosité ! Vous êtes insoutenable.
- Parbleu madame : pourquoi prend-on une médecine si ce n'est pour décharger ?
- Une médecine purge, monsieur, et ne fait pas décharger, et que ce soit pour la dernière fois de votre vie que vous vous servirez de ce mot-là.
[...]
Voilà son mari qui arrive ;
[...]
Sa nièce entre. c'était une demoiselle de quatorze ans, sage, spirituelle, et fort modeste ; je lui avais donné cinq à six leçons, et comme elle aimait la langue, et s'y appliquait beaucoup, elle commençait à parler. Voilà le fatal compliment qu'elle me fit :
- Signore sono incantata di vi vedere in buone salute.
- Je vous remercie mademoiselle, mais pour traduire je suis charmé il faut dire ho piacere. Et encore pour traduire de vous voir il faut dire di vedervi, et non pas di vi vedere.
- Je croyais, monsieur, qu'il fallait mettre le vi devant.
- Non, mademoiselle, nous le mettons derrière.
Voilà Monsieur et Madame pâmés de rire, la demoiselle qui rougit, et moi interdit, et désepéré d'avoir dit une bêtise de ce calibre, mais c'était fait.
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Lun 17 Jan 2011, 17:38

les chapitres XIV, XV et XVI du livre 4 racontent la fameuse évasion des Plombs de Venise.

Casanova y révèle toutes ses qualités d'ingeniosité et de persuasion pour la préparation de sa fuite.

En même temps, il tourne cet épisode dangereux en farce, vu le rôle qu'il endosse pour abuser son voisin de cachot, aussi traître que crédule ; ce qui montre de la part de Casanova une grande capacité à manipuler les hommes comme à s'en prémunir.

Au préalable, sa description des "puits", prisons verticales, est très impressionnante, à tel point que l'editeur mentionne les appréciations de Kafka dans ses lettres à Milena : un décor idéal pour faire rêver - ou cauchemarder, l'écrivain tchèque.

Il faut lire la "balade" sur les toîts, les incidents du parcours, pour bien mesurer la hardiesse et la présence d'esprit de Casanova ; il s'adresse en même temps au lecteur, sans se flatter, et on épouse totalement sa cause. L'art d'écrire correspond aussi à l'efficacité des discours à ses compagnons, partout l'aventurier séduit son public !
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Lun 17 Jan 2011, 17:51




Il s'agit d'une tige de verrou qu'il aiguise et à laquelle il donne un forme d'épieu, arme décisive pour franchir les obstacles (grilles et portes) et pour se montrer convaincant face aux humains !

les principales phases de son évasion.
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Lun 17 Jan 2011, 20:46

rotko a écrit:
En même temps, il tourne cet épisode dangereux en farce, vu le rôle qu'il endosse pour abuser son voisin de cachot, aussi traître que crédule ; ce qui montre de la part de Casanova une grande capacité à manipuler les hommes comme à s'en prémunir.
A rapprocher du passage sur les sots, dans la préface :
Citation :
Je me félicite toujours quand je me souviens de les avoir fait tomber dans mes filets, car ils sont insolents, et présomptueux jusqu'à défier l'esprit. On le venge quand on trompe un sot, et la victoire en vaut la peine, car il est cuirassé, et on ne sait pas par où le prendre.
Un peu de sociologie ! vol 3 chap XI
Citation :
Malgré tout l'esprit des Français Paris est, et sera toujours la ville où l'imposture fera fortune. Lorsqu'elle est découverte on s'en moque, et on en rit, et l'imposteur en rit encore plus, car il est déjà devenu riche recto stat famula talo. Ce caractère de la nation qui donne si facilement dans des panneaux vient de l'empire que la mode a sur elle. L'imposture est neuve ; elle devient donc de mode. Il suffit que la chose ait droit de surprendre par un caractère d'extraordinaire, et tout le monde y fait accueil, car tout le monde craint de paraître sot en disant : cela est impossible.* Il n'y a en France que les seuls physiciens qui sachent qu'entre la puissance et l'action il y a l'infini, tandis qu'en Italie la force de cet axiome est enracinée dans l'esprit de tout le monde.
Cette différence entre les deux nations se retrouverait-elle dans les styles de football ? En effet, les joueurs italiens sont connus pour leur talent d'acteur, mais aussi pour leur réalisme, tandis que les footballeurs français semblent plus fantasques.

* : "Impossible n'est pas français !"
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rotko
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Mar 18 Jan 2011, 05:52


Puisque tu fais des rapprochements, moi aussi. J'avais été étonné en lisant dans la Chartreuse de Parme que pendant son évasion, et plus précisément sa descente de la Tour Farnèse avec une corde, Fabrice perde conscience un court moment.

Or Casanova, au cours de son évasion des plombs, dort quelques heures dans un local qu'il a reussi à atteindre, alors même qu'il n'a pas totalement évacué les lieux dangereux.

Répit après les tensions précédentes, épuisement ?
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MessageSujet: Giacomo Casanova    Lun 12 Sep 2011, 15:09



Premier travailleur sexuel de l'histoire de la prostitution masculine ?


Giacomo Girolamo Casanova, né le 2 avril 1725 à Venise et mort le 4 juin 1798 à Dux, après des études brillantes, fut tour à tour violoniste, magicien, espion, charlatan, diplomate, bibliothécaire et écrivain.

Infatigable, sillonnant le XVIIIe siècle au pas de course, présent dans toutes les cours d'Europe et dans tous ses fastes, de Venise à Paris, Madrid, Vienne, Londres... dans une quête incessante pour l'extase et le bonheur...

Mais aussi... escroc poursuivi par ses créanciers et autres huissiers...

Casanova se retirera au château de Dux, en Bohême, une fois malade et diminué, la chandelle brûlée par les deux bouts - d'aucuns diront aujourd'hui :" une fois établi le constat de sa perte de compétitivité sur le marché du sexe -, avant de devenir un écrivain majeur de la langue française.





On a dit de Casanova qu'il était l'homme le plus libre du 18e siècle...

Mais… l'était-il vraiment ?

Sans fortune personnelle, fils d'une actrice qui l'abandonnera très tôt et d'un père décédé alors qu'il n'a que quelques années, éternel invité, toute sa vie durant Casanova vivra sous la dépendance matérielle d'autrui.

Premier des libertins chez les libertins, dans ses écrits, il s'interroge : quel est l’homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ?

Mais alors...


Et si... ce forçat du corps qui n'avait pour seules richesses que sa libido, son intelligence, sa culture et son talent incomparable pour la conversation...

Et si ce sur-doué qu'est Casanova n'avait pas seulement été un brillant séducteur, compulsif de surcroît, par amour pour les femmes (ou par abandon de la première d'entre elles... sa mère)...

Mais aussi, et bien plutôt...

Le premier courtisan-gigolo, le premier travailleur (esclave) sexuel et mondain de l'histoire de la prostitution masculine ?
La question est posée ; n'en déplaise à Sollers (1) qui aime rien tant que se raconter des histoires et nous en raconter aussi par la même occasion ; un Sollers qui n'a voulu voir que lui-même en et dans Casanova, oubliant Giacomo... cet enfant très tôt livré à son sort, d'une susceptibilité à fleur de peau, celle de roturier face à une élite sociale souvent cruelle et inconséquente, un être dépendant, et par voie de conséquence terriblement vulnérable en stakhanoviste de la lutte contre la menace quotidienne de la pauvreté et plus tard, de la vieillesse.

1 - Un Sollers, toujours là à faire le malin... jusqu'à la bêtise de ceux qui s'évertuent à nier la dimension politique et sociale de toute existence humaine.
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   Lun 08 Avr 2013, 05:49

Il paraît en pleiade et chez Bouquins.

Histoire de ma vie, tome I, par Casanova,
édition de Gérard Lahouati et Marie-Françoise Luna,
Gallimard, La Pléiade, 1488 p.,.

Histoire de ma vie, tome I, par Casanova,
édition de Jean-Christophe Igalens et Erik Leborgne,
Robert Laffont, Bouquins, 1576 p.

moi je l'ai en livre de poche.

Citation :
«J'ai passé trois mois avec elle, toujours également amoureux, et me félicitant continuellement de l'être.» «Heureux les amants dont l'esprit peut remplacer les sens lorsqu'ils ont besoin de repos.»

Casanova, séducteur impénitent, a donc aussi connu «le parfait amour». Henriette est divine, et elle joue du violoncelle comme personne. Déchirante séparation des amants à l'Hôtel des Balances, à Genève. Elle repart en France, non sans avoir écrit, avec un diamant, sur une des vitres de leur chambre: «Tu oublieras aussi Henriette.»

bref article.
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MessageSujet: Re: Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)   

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Histoire de ma vie, par Giacomo Casanova (1725-1798)
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