Je n'ai pas rencontré de fil à son sujet. Au début du mois, j'ai lu de lui un roman intitulé
Le Désespéré.
Quatrième de couverturePremier roman de Léon Bloy, Le Désespéré (1887) est un pavé dans la mare de tous les conformismes.
Caïn Marchenoir est le héros de ce roman largement autobiographique : catholique intransigeant révolté par le silence de Dieu et la vaine attente de la rédemption, paria parmi les hommes, il lance le plus violent des anathèmes contre ses contemporains. Le Désespéré est tout à la fois un cri de révolte, un amoureux blasphème, un pamphlet vitriolé contre la foule des "digérants" républicains et la "Grande Vermine" des lettres. Mais Le Désespéré est surtout un aérolithe littéraire, écrit dans une langue barbelée de mots rares, étrangement mystique, une œuvre d'une surprenante modernité. Cette édition, abondamment annotée et qui tient compte des différents états du texte, offre un éclairage précieux sur ce formidable roman de l'inquiétude spirituelle.
Mon avisQuitte à faire un mauvais jeu de mots, j'ai été
désespérée par ce livre, qui tient à la fois du roman autobiographique, de la satire sociale, du roman psychologique et de la parabole. Au début de ma lecture, j'étais plutôt enthousiaste. Les premières pages me semblaient prometteuses, mais finalement, je dois reconnaître que j'ai été déçue. Quitte à lire les bouquins d'un mec archi-réac, je préfère me tourner vers Barbey d'Aurevilly :
Le Chevalier des Touches,
Les Diaboliques,
L’Ensorcelée, ça c'est du bon ! Seul le pan satirique de l’œuvre a su me séduire quelque peu. C'est très bien écrit, mais ça me laisse froide comme du marbre. L'édition en elle-même, cela dit, est très bien fichue. Elle éclaire le texte de façon convaincante.
ExtraitLe désespéré passait une partie de ses nuits à la chapelle, dans la tribune des étrangers. L’office de nuit des Chartreux, qu’il suivait avec intelligence, calmait un peu ses élancements. Cet Office célèbre, que peu de visiteurs ont le courage d’écouter jusqu’à la fin, et qui dure quelquefois plus de trois heures, ne lui paraissait jamais assez long.
Il lui semblait alors reprendre le fil d’une sorte de vie supérieure que son horrible existence actuelle aurait interrompue pour un temps indéterminé. Autrement, pourquoi et comment ces tressaillements intérieurs, ces ravissements, ces envols de l’âme, ces pleurs brûlants, toutes les fois qu’un éclair de beauté arrivait sur lui de n’importe quel point de l’espace idéal ou de l’espace sensible. Il fallait bien, après tout, qu’il y eût quelque chose de vrai dans l’éternelle rengaine platonique d’un exil terrestre. Cette idée lui revenait, sans cesse, d’une prison atroce dans laquelle on l’eût enfermé pour quelque crime inconnu et le ridicule littéraire d’une image aussi éculée n’en surmontait pas l’obsession. Il laissait flotter cette rêverie sur les vagues de louanges qui montaient du chœur vers lui, comme une marée de résignation. Il s’efforçait d’unir son âme triste à l’âme joyeuse de ces hymnologues perpétuels.
La contemplation est la fin dernière de l’âme humaine, mais elle est très spécialement et, par excellence, la fin de la vie solitaire. Ce mot de contemplation, avili comme tant d’autres choses en ce siècle, n’a plus guère de sens en dehors du cloître. Qui donc, si ce n’est un moine, a lu ou voudrait lire, aujourd’hui, le profond traité
De la Contemplation de Denys le Chartreux, surnommé le Docteur extatique ?